Nantermod, Poutine et l’Appel Citoyen

Ce n’est pas tous les jours qu’on trouve les mots « Poutine », « Constituante », « Valais » et « sectarisme » réuni dans un même texte. Philippe Nantermod a réussi ce tour de force en attaquant avec hardiesse le mouvement valaisan « Appel Citoyen ». Le cœur du problème ? « Appel Citoyen » ne veut pas être un parti politique comme les autres et cela dérange profondément M. Nantermod.

Commençons par les points d’entente. Je suis absolument d’accord que les partis politiques sont nécessaires à la vie démocratique. Ils jouent un rôle essentiel de formation de l’opinion et participent à la mise en œuvre des volontés de chacun en offrant une courroie de transmission. Dans ce processus, les valeurs d’un parti (ses fondements politiques et idéologiques en d’autres mots) sont essentielles. Elles permettent de définir un corpus qui décrit une vision de société. Pas besoin d’appeler Poutine à la rescousse pour nous mettre d’accord là-dessus.

Les points de dissension maintenant. Le mouvement « Appel Citoyen » est largement caricaturé dans cette chronique. En vue de l’élection à la Constituante, le mouvement veut offrir une opportunité aux non-partisans, c’est-à-dire toutes les personnes qui, pour des raisons qui leur sont propres, ne veulent pas aller sur des listes avec en-tête de parti. Sans notre présence, ces candidates et candidats n’auraient tout simplement aucune opportunité d’être candidat. Il s’agit d’enrichir la vie politique, non pas contre les partis, mais en complément des partis. Il ne réclame pas l’exclusivité du terme « citoyen » mais a choisi de le dire explicitement. Citoyen, indépendant, non-partisan.

Le mouvement “Appel Citoyen” n’est pas sans valeur, bien au contraire. Il a défini les 7 valeurs que tous les signataires veulent porter dans la Constituante. Philippe Nantermod a d’ailleurs signé cet Appel et j’en déduis qu’il se reconnaît dans ces valeurs. Beaucoup d’autres n’ont pas signé car ils souhaitent un autre Valais, un Valais qui ne serait pas le Valais de la liberté, du respect, de l’ouverture ou encore du développement durable. Ces valeurs rassemblent tous les membres du mouvement ; elles décrivent les fondements  d’un Valais progressiste.

Sur cette base commune, nous ne souhaitons pas construire un parti conventionnel. Deux différences majeures. D’une part, les 7 valeurs ne font pas office de programme de parti. En tant qu’organisation, “Appel Citoyen” n’a pas de position marquée. Nous sommes dans une logique de “plateforme politique” plutôt que dans une logique d’organisation devant avoir un avis sur tout. Dans la limite des 7 valeurs, les positions sont le fait des candidat-e-s. “Appel Citoyen” est le lieu où se fédèrent les énergies et les idées, pas le lieu de développement d’un programme politique unifié.

D’autre part, les membres, candidat-e-s et élu-e-s potentielles jouissent d’une très large indépendance. La vie démocratique est marquée par un mouvement de balancier entre indépendance des élus et position compacte des partis. Plus le parti s’affirme et parle d’une seule voix, plus il augmente son efficacité parlementaire à court terme. Mais plus il brime les individualités. Les enquêtes réalisées par le bureau Sotomo sur le positionnement des parlementaires fédéraux démontrent cette tendance à la centralisation des partis autour d’une position commune. Les médias, toujours friands d’incohérence dans un parti, et la capacité de retrouver toutes les prises de position de chacun en un clic renforcent le danger de sortir de « la » ligne du parti. Le mouvement “Appel Citoyen” fait le pari inverse : les individus auront toute indépendance de se profiler avec leurs idées et leurs convictions. L’organisation restera dans l’ombre.

Cette nouvelle approche nous oblige à regarder déjà vers la Constituante. Les gens élus sur les listes “Appel Citoyen” n’auront pas vocation à travailler comme un parti. Là encore, il faut rompre avec la logique qui veut que chaque élu oeuvre pour une organisation et respecte les consignes de vote choisies en commun. Les élu-e-s “Appel Citoyen” auront été choisis pour leur personnalité et leurs idées, comme représentants des électeurs de leur district, mais pas comme représentants d’un parti. Leur liberté d’action et leur indépendance au sein de la Constituante sera donc très grande. C’est seulement sur les décisions touchant le cœur des 7 valeurs de l’Appel qu’un front commun devrait voir le jour pour peser sur le choix final.

La diatribe de Philippe Nantermod a déjà confirmé l’une de nos hypothèses de travail : la création d’un mouvement original, remettant en cause les lignes politiques habituelles, permet de se poser certaines questions à neuf. Grâce à l’’OPNI “Appel Citoyen” et aux réactions qu’il provoque, les citoyennes et citoyens pourront s’interroger sur l’identité des partis, leur mode de fonctionnement, leur contribution à la démocratie valaisanne. Et ils pourront donner un signal s’ils souhaitent déplacer le balancier vers plus de participation, de transparence et d’indépendance des candidat-e-s.

Johan Rochel

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