Pour en finir (ou presque) avec la réunion de 18h

La réunion a été fixée à 18h : « Une heure pour passer en revue les points de discussion, puis on file à l’apéro ». La bonne manière de coupler discussion, convivialité et « petite » tournée des bistrots. Vous trouvez cette idée alléchante ? Vous vous reconnaissez dans cette manière d’aborder la politique ?

Il y a de fortes chances que vous ayez entre 18 et 31 ans ou alors plus de 45 ans. De plus, il se pourrait bien que vous soyez un homme sans enfant ou alors avec une conjointe à la maison pour s’occuper des chers petits. Sans surprise, vous avez un travail qui vous permet une certaine flexibilité dans vos horaires. En bref, la séance de 18h, c’est le créneau parfait d’une personne qui peut quitter son travail de manière flexible avec l’assurance que quelqu’un s’occupe des enfants dans la période la plus chaude de la journée : le 18h-20h.

Depuis son lancement en décembre 2017, le mouvement politique indépendant et non-partisan Appel Citoyen thématise la question de l’organisation de la vie politique dans ses détails apparemment anodins. L’heure, le lieu, l’organisation, la modération des séances, autant de questions pragmatiques sans importance majeure ? Tout à l’inverse : des questions clefs, essentielles à la manière dont la politique se fait et, surtout, pour qui et avec qui elle se fait.

Dans la société actuelle, les séances de 18h prétéritent clairement les parents et les personnes sans flexibilité professionnelle. Et dans le groupe des parents, ce sont très majoritairement les femmes qui sont, plus ou moins implicitement, responsables de l’organisation des devoirs, du souper et de la préparation du coucher. Pour aller à l’essentiel, les séances de 18h représentent donc des entraves à la participation politique des femmes. Sans animosité, sans volonté explicite de nuire, souvent par manque de recul et sous les effets de l’habitude. Car séance-apéro, on a toujours fait comme ça non ?

Pour tous ceux qui veulent améliorer la situation, trois solutions sont envisageables. La plus facile consiste à faire preuve d’imagination et à varier les heures de séances. Le mot-clef est diversité : une séance le matin, durant la pause de midi, à 16h ou en soirée à 20h. En variant les heures de rencontres, un plus grand panel de personnes participe à la vie de l’association, du parti ou du mouvement.

La deuxième piste consiste à profiter des opportunités offertes par les outils digitaux. Il ne s’agit pas de rester « en ligne » pour le plaisir d’être devant son ordinateur, mais pour offrir une flexibilité nécessaire à celles et ceux qui ne peuvent pas quitter leur domicile. La séance en ligne à 20h30 ne remplacera pas toutes les réunions, mais elle peut très bien remplacer la réunion superficielle qui servait avant tout d’excuse pour commencer l’apéritif en ville.

La troisième piste consiste à accompagner les réunions et les rencontres plus importantes avec une offre d’animation pour les enfants. Si la réunion prend une certaine importance, l’organisation peut investir quelques francs pour organiser un coin jeux et lecture pour les enfants. Effets positifs cumulés : les parents peuvent participer à la rencontre, les autres membres de l’organisation sont sensibilisés aux défis de la vie familiale, et les enfants perçoivent la vie politique autrement que comme une absence de leur parent. Qui dit mieux ?

 

Johan Rochel

 

Ps : Les séances de 18h ont également un effet sur la manière dont les participants se comportent. Vu que les parents – et systématiquement les mères – doivent se dépêcher de rentrer à la maison, ils développent une stratégie de l’efficacité. Des sociologiques ont ainsi mené des études démontrant que certaines femmes tendent à adopter des habitudes spécifiques qu’elles intériorisent. Résultat ? Elles parlent seulement quand « elles ont un point précis à communiquer » et elles n’aiment pas « les grands discours pour ne rien dire ». Ces habitudes reflètent souvent l’envie de vite mener la séance à terme pour satisfaire l’obligation de…retourner à la maison ! (sources : Guionnet/Neveu, Féminins/Masculins, p. 306 ss, 2014)

Ps.2: pour joindre le geste à la parole et éviter le syndrome du « y’a qu’à… », nous avons organisé un coin « jeux/lecture » pour la conférence inaugurale de notre cycle de rencontres. Mercredi 23 mai, à 19.00, au Théâtre du Crochetan (Monthey) sur le thème « Etre Constituant.e » avec Antoine Geinoz, ancien secrétaire général de la Constituante fribourgeoise. Inscrivez vos enfants à hello@appelcitoyen.ch

1 Commentaire
  1. Florie Michellod 6 mois Il y a

    Bonjour,
    Merci pour cet article criant de vérité. Un élément qui peut paraître banal, l’heure d’une séance, mais qui représente tout un symbole : celui de la place que l’on veut laisser aux femmes majoritairement mais aux parents en
    général, tant en politique que dans des postes à responsabilités.

    Merci
    En espérant qu’il trouve un écho !

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