Qui gouverne l’algorithme ? Nous !

Spaghetti

Dans sa lettre ouverte parue dans le Nouvelliste du 25 juin 2018, Olivier Marcoz laisse entendre qu’en se soumettant à une primaire digitale, les candidat-e-s réunies sous la bannière Appel Citoyen s’en remettent à l’arbitraire d’un algorithme et à la prétendue infaillibilité de la machine, mythe de nos sociétés modernes. Ce faisant, il agite le spectre de la domination de la technologie et de la déshumanisation de la politique. Pourtant la démarche d’Appel Citoyen se veut l’absolu opposé d’une soumission aveugle à la technologie. Au contraire, dans cette primaire digitale, la technologie n’est qu’un outil mis à profit par des êtres humains responsables pour appliquer les décisions qu’ils ont prises ensemble. Elle est ultimement soumise à leur volonté. C’est nous, signataires de l’Appel Citoyen, qui gouvernons l’algorithme. Comment ? Explications.

Un algorithme c’est quoi ?

Il y a confusion sur ce qu’est un algorithme. Aujourd’hui le terme est nimbé d’une aura de méfiance. Certains se plaisent à rassembler sous la bannière des “algorithmes” toutes les pratiques opaques, alambiquées et malodorantes des géants du web qui exploitent nos données à notre insu pour les revendre à des annonceurs publicitaires ou pour nous enfermer dans une bulle de filtres. On se sert du mot comme d’un épouvantail pour effrayer les foules et distraire l’attention des vrais responsables : ceux qui décident de mettre en oeuvre tel ou tel algorithme à nos dépends. Pourtant un algorithme en soi, ce n’est pas forcément compliqué et ça n’est intrinsèquement ni bon ni mauvais tant que ses effets sont prévisibles et son fonctionnement, transparent.

 

Un algorithme, c’est juste une liste d’instructions. Vous connaissez déjà des algorithmes. Mieux que ça, vous en utilisez chaque jour sans le savoir. Une recette de cuisine, par exemple :

  • Chauffer 1l d’eau
  • Ajouter ½ cc de sel
  • Quand l’eau bout, ajouter 300g de pâtes
  • Laisser cuire 6 min
  • Retirer du feu et égoutter les pâtes

 

Ce n’est rien d’autre qu’un algorithme ! Les algorithmes sont partout dans notre vie quotidienne, pas seulement cachés derrière les technologies numériques. Ils ne sont pas foncièrement malfaisants et la plupart du temps ils nous simplifient la vie. Enfin, ils ne sont pas non plus une invention récente. Pour s’en convaincre, il suffit de lire la Constitution valaisanne de 1907 : l’article 84, alinéa 3 qui prescrit comment déterminer le nombre de sièges par district au Grand Conseil n’est rien d’autre qu’un algorithme. D’une certaine manière, cet algorithme nous gouverne depuis 111 ans et personne n’y trouve rien à redire.

Que fait l’algorithme de la primaire digitale Appel Citoyen ?

La primaire digitale d’Appel Citoyen vise à désigner le plus démocratiquement possible qui figurera sur ses listes électorales. Lors d’un premier vote, tous les votants ont été amenés à se prononcer sur la représentativité “idéale”. Ils ont plébiscité trois critères : la parité hommes-femmes, la représentation des catégories d’âges et celle des régions. Ce faisant, ils ont convenu des PRINCIPES de la représentativité qu’ils souhaitent voir s’appliquer. Lors du deuxième vote début septembre, ils exprimeront leur préférence pour telle ou tel candidat-e. Il faudra ensuite faire le lien entre ces deux choix: les principes acceptés démocratiquement et les voix reçues par les candidat-e-s à la candidature. L’algorithme de l’EPFL fait précisément cela. Il garantit que ce qui a été décidé ensemble sera effectivement appliqué, avec impartialité et transparence. Les signataires de l’Appel Citoyen ont pris un engagement en choisissant les critères, l’algorithme est là pour le mettre en oeuvre. Il détermine un processus précis amenant au résultat prévu, comme la recette de cuisine du paragraphe précédent garantit qu’en fin de compte vous pourrez manger des pâtes al dente.

 

Nous reviendrons dans un article plus étendu sur le fonctionnement détaillé de l’algorithme conçu par l’EPFL. Pour l’instant, il est néanmoins important de considérer certains éléments qui ont été déterminants dans notre choix.

  • Cet algorithme est un outil qui sert à appliquer des critères de représentativité de façon impartiale étant donné une liste de candidats ayant reçu chacun un certain nombre de voix. Il assure de sélectionner le groupe de candidats respectant les critères qui ont ensemble obtenu davantage de voix que tous les autres groupes possibles de candidats respectant les critères. Sur le plan mathématique, il n’y a qu’une seule solution optimale, et c’est celle-ci qui est trouvée par l’algorithme.
  • L’algorithme est déterministe. Il ne choisit pas des candidats au hasard. Il se fonde uniquement sur les critères et les voix reçues.
  • L’article scientifique qui présente l’algorithme fournit également une démonstration mathématique que cet algorithme trouve la solution optimale. Des experts du monde entier se sont penchés sur la méthode et ont reconnu qu’elle fait effectivement ce qu’elle prétend faire et que la démonstration mathématique est valide.
  • L’algorithme est public. L’EPFL a publié le code source en ligne dans une démarche “open source”. Son fonctionnement peut être inspecté par tout un chacun .
  • Enfin, cet algorithme n’a rien à voir avec de “l’intelligence artificielle” qui s’appuierait sur des réseaux de neurones artificiels comme c’est le cas pour certaines applications controversées. A ce titre, il tient beaucoup plus de la recette de cuisine ou de l’art. 84 al. 3 de la Constitution de 1907 que de Hal ou Skynet *

 

Nous ne sommes pas gouvernés par l’algorithme. Au contraire, c’est nous, signataires de l’Appel Citoyen, qui l’utilisons comme un outil de travail. Ce sont nos décisions qui fixent le cadre et les limites de son fonctionnement. Il n’est que l’instrument qui garantit que nos choix seront respectés et que la diversité de représentation choisie démocratiquement sera effectivement atteinte.

 

En outre, cette démarche nous permet de débattre sur la place publique de la question de la représentativité en démocratie. Comment garantir la prise en compte des minorités, qu’elles soient régionales, générationnelles, ou autres ? Qu’est-ce que l’équité dans la diversité ? Comment l’atteindre ? Comment les méthodes des partis traditionnels peuvent-elles garantir ces principes ? La primaire digitale d’Appel Citoyen n’a de loin pas la prétention de donner une réponse définitive à toutes ces questions. Mais elle a le mérite de les poser. Et de proposer une solution pratique.

 

Florian Evéquoz

 

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* Les réseaux de neurones artificiels ont le grand défaut de ne pas être transparents à l’inspection. En d’autres termes, comme pour un cerveau humain, on ne comprend pas exactement comment un réseau de neurones artificiel fonctionne. On constate qu’il est capable d’apprendre, puis de reproduire un comportement mais on ne sait pas vraiment expliquer “comment” il raisonne, ni “pourquoi” il donnera telle ou telle réponse aux questions qu’on lui pose. Dans le cas de la primaire d’Appel Citoyen, nous utilisons un algorithme qui n’est pas “intelligent” au sens de l’intelligence artificielle et des réseaux de neurones. Ce n’est qu’une recette de cuisine : il fait exactement ce qu’on lui demande de faire, de façon parfaitement prévisible et explicable. Un être rationnel, un humain, si on lui donne la même recette de cuisine, obtiendra toujours le même résultat qu’une machine exécutant l’algorithme. Le seul avantage de la machine, c’est qu’elle le fait beaucoup plus vite que nous.

(Image Creative Commons. Source https://www.flickr.com/photos/20912428@N04/2699572160)

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