Témoignage: Yves Lador (Genève)

En 2008, le peuple genevois vote la révision de la Constitution de la République et canton de Genève et confie la mission à une Assemblée constituante, composée de 80 membres. Yves Lador est l’un d’entre eux. Témoignage alors que le Valais se lance dans l’aventure.

S’engager pour renouveler le débat politique

Je me suis engagé dans la Constituante parce qu’un nouveau débat, pas un débat politique classique, s’amorçait autour de la réorganisation de Genève. Cela a motivé beaucoup d’entre nous qui étions actifs dans la société civile – certains appartenaient à des partis politiques, mais ce qui nous a réunis c’était précisément le fait d’être actifs dans la société civile. Un groupe s’est formé – je n’en étais pas au départ, qui a rassemblé de plus en plus de monde. Puis un certain nombre d’entre nous se sont lancés plus à fond dans le débat : je trouvais tout à fait intéressante cette opportunité de renouveler le débat politique. C’est du moins ce que l’on espérait à l’époque ; nos espoirs ont été un peu douchés, mais ça n’a pas été inintéressant. Nous pensions que c’était une bonne occasion d’identifier les défis auxquels nos sociétés ont affaire aujourd’hui et d’imaginer les solutions pour les relever. On n’a pas pu aller aussi loin que souhaité : le débat est resté très cadré d’une part, et d’autre part, nous, les représentants de la société civile, minoritaires, n’avions pas toujours le poids nécessaire pour convaincre les partis politiques.

Principe de base : la représentativité collective

Nous nous sommes constitués en une fédération associative genevoise pour la Constituante, qui réunissait les associations : ce ne sont donc pas des individus qui se sont présentés à titre personnel mais des personnes officiellement proposées par les associations. Pour ce faire, il nous a fallu élaborer des processus internes, d’abord pour créer la fédération, ensuite pour se doter de règles de fonctionnement qui permettent de respecter les différents secteurs d’activités représentés : environnement, social, santé, culture, paix, etc. Il a donc fallu trouver des équilibres, puis établir une liste sur la base de ces représentations. La constitution de la liste de candidatures n’a pas été tout simple, je ne vous le cache pas.

Par exemple : trouver un équilibre entre des associations extrêmement fortes et des petites associations de quartier. Nous nous sommes donc donné une règle, « le principe de compétence », qui voulait que tous les débats étaient toujours initiés et préparés par les organismes issus du domaine. Après, tout était discuté de façon collective. Bien sûr, le processus de préparation était assez long, il a beaucoup impliqué les associations, il a fallu un grand nombre d’assemblées générales, pour préparer le programme, identifier les points essentiels, etc., mais ce processus était absolument passionnant. Puis la campagne électorale elle-même a beaucoup motivé – et amusé – les gens : il y avait quelque chose de tout à fait nouveau. Personne ne savait comment les groupes de la société civile allaient récolter des voix, sachant qu’il y avait des citoyens très intéressés par ce que l’on faisait, mais allaient-ils transformer leur vote habituel ? Finalement on a quand même réussi (le quorum avait été descendu à 3% et nous avons récolté 4% à 5% des votes).

Beaucoup de diplomatie – et beaucoup de réunions

Évidemment, les discussions entre associations nécessitent une certaine dose de diplomatie – mais pas plus pour la Constituante que pour d’autres sujets qui réunissent différents acteurs. Le plus important était cette volonté d’être représentatif de l’ensemble des secteurs. Nous avons toujours de travaillé de manière de plus en plus large, et souvent représenté des secteurs qui n’étaient pas membres de la fédération mais importants du point de vue associatif, comme le secteur sportif par exemple. Et tout cela s’est plutôt bien passé.

Ensuite, une fois qu’un petit groupe a été élu (3 personnes, dont moi-même), il a fallu assurer le fait qu’on soit pris au sérieux. Mais nos craintes se sont vite avérées infondées : le résultat électoral a été pleinement respecté par tous les Constituants. Il fallait bien sûr être présent et faire entendre sa voix, mais au-delà de ça, les autres groupements politiques ont été très corrects. Ce à quoi nous avons beaucoup servi, et qui me reste comme étant essentiel, ce n’est pas seulement d’être les porte-voix, mais surtout à faire se rencontrer élus de la Constituante et acteurs de terrain : nous avons organisé beaucoup de réunions de cette nature.

Ce qui m’amène quand même à constater que ce genre d’investissement demande du temps : toute personne impliquée dans la vie associative le sait, mais être élu à la Constituante demande une certaine réorganisation de ses engagements.

Comme nous composions une liste « société civile », nous rendions des comptes à la société civile : nous avions au moins 4 assemblées générales par année, soit une par trimestre, plus tout une série de réunions. Cela demandait beaucoup de travail, mais c’était absolument passionnant. Et j’avais l’impression que nous étions authentiques : on savait pourquoi on défendait telle ou telle position, à quoi elle correspondait et nous n’étions que peu dans des calculs tactiques : pas de double discours, pas d’ambition personnelle : on était là pour faire valoir notre position et puis ensuite on disparaissait, cela nous offrait une plus grande liberté de parole.

Propos mis par écrit par Bernadette Morand-Aymon

 

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